Focus On

Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul: Éduquer:
Un engagement, une passion depuis les origines de la Compagnie.

Depuis le début des oeuvres de Saint Vincent de Paul, l’éducation apparaît comme une préoccupation majeure. En 1633, à la fondation de la Compagnie des Filles de la Charité, Sainte Louise de Marillac met l’accent sur l’éducation, considérée comme un service urgent et préférentiel pour les enfants, en particulier pour les petites filles pauvres.
Sainte Louise a créé l’une des premières écoles d’enseignants en Europe et leur a donné de nombreuses instructions et règlements qui ont fondé l’école vincentienne d’aujourd’hui. Elle a conçu des documents qui proposent des méthodes de travail, une organisation scolaire et des principes pédagogiques.
Actuellement, il existe un vaste réseau mondial d’écoles vincentiennes, accompagnées par les Filles de la Charité en collaboration avec des laïcs, dont le Projet Éducatif s’appuie sur l’inspiration de ses Fondateurs, l’actualise en s’adaptant aux besoins de la société.
L’un des récents événements importants de l’Eglise concernant l’Education a été le Congrès Mondial “Éduquer aujourd’hui et demain, une passion renouvelée” qui a eu lieu à Rome et à Castel Gandolfo du 18 au 21 novembre 2015 organisé par la Congrégation pour l’Education Catholique, à la demande du pape François.
Le document de travail « INSTRUMENTUN LABORIS » nous dit :

PRÉSENTATION

Les Membres de l’Assemblée Plénière de la Congrégation pour l’Éducation Catholique convoquée en 2011, recueillant l’invitation du Pape Benoît XVI, confièrent au Dicastère la tâche de préparer le cinquantenaire de la Déclaration Gravissimum educationis et le vingt-cinquième anniversaire de la Constitution Apostolique Ex corde Ecclesiae, qui auront lieu en 2015.
L’objectif est de relancer l’engagement de l’Église dans le domaine de l’éducation. Deux étapes principales ont marqué le chemin de préparation : un séminaire d’étude réunissant des experts provenant du monde entier en juin 2012, et l’Assemblée Plé-nière des Membres de la Congrégation en février 2014.
Les réflexions qui ont mûri au cours de ces rencontres trouvent un écho dans le pré-sent Instrumentum laboris “Éduquer aujourd’hui et demain. Une passion qui se renou-velle”. On y trouve rassemblés les points de référence essentiels des deux documents, les caractéristiques fondamentales des écoles et des universités catholiques, ainsi que les défis auxquels les institutions d’éducation catholique sont appelées à répondre avec leur propre projet spécifique.
Dans les années qui suivirent le Concile, le Magistère pontifical est revenu avec insis-tance sur l’importance de l’éducation en général et sur la contribution que la commu-nauté chrétienne est appelée à lui offrir. La Congrégation pour l’Éducation Catholique est elle aussi intervenue sur ce thème à travers de nombreux documents.
Les anniversaires de 2015 deviennent ainsi une occasion précieuse pour recueillir les indications du Magistère et tracer les orientations des décennies à venir. L’Instrumentum laboris a été préparé dans ce but. Traduit en plusieurs langues, il est destiné avant tout aux Conférences Épiscopales, à l’Union des Supérieurs Généraux et à l’Union Internationale des Supérieures Générales des congrégations religieuses, aux associations nationales et internationales d’enseignants, de parents, d’étudiants et d’anciens élèves, ainsi qu’à celles des administrateurs et aux communautés chré-tiennes pour réfléchir sur l’importance de l’éducation catholique dans le contexte de la nouvelle évangélisation.
Il peut être utilisé pour effectuer un examen pastoral sur l’engagement de l’Église dans ce domaine mais aussi pour promouvoir des initiatives de mise à jour et de for-mation pour le personnel travaillant dans les écoles et les universités catholiques.
Il se conclut par un questionnaire auquel tous sont invités à répondre afin de fournir à la Congrégation pour l’Éducation Catholique des indications, des suggestions et des propositions qui seront prises en considération dans la préparation des événements prévus, en particulier le Congrès mondial qui aura lieu à Rome du 18 au 21 novembre 2015. À cet effet, il est nécessaire que les réponses au questionnaire soient envoyées au Dicastère au plus tard le 31 juillet 2014 (educat2015@gmail.com).

Card. Zenon Grocholewski, Préfet
Cité du Vatican, 7 avril 2014
L’Instrumentum laboris est diponible en ligne à l’adresse suivante:
http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/ccatheduc/documents/rc_con_ccatheduc_doc_20140407_educare-oggi-e-domani_fr.html
Le Document Final de ce Congrès est intéressant pour ceux qui travaillent, ou qui se consacrent à la tâche merveilleuse de l’éducation. Vous pouvez avoir accès à ce Do-cument Final, qui inclut le Message du Pape François au Congrès, en cliquant sur le lien.
https://insiemecam.eu/IMG/pdf/388F.pdf

Congrégation pour l’Éducation Catholique
CONGRÈS MONDIAL
« Éduquer aujourd’hui et demain. Une passion qui se renouvelle »
Rome-Castel Gandolfo 18-21 novembre 2015
COMMUNIQUÉ FINAL
1. Buts du Congrès
Pour célébrer le cinquantième anniversaire de la Déclaration Gravissimum educationis (28 octobre 1965) du Concile Vatican II et le vingt-cinquième anniversaire de la Consti-tution apostolique Ex corde Ecclesiae (15 août 1990), la Congrégation pour l’Éducation Catholique a voulu encourager – par ce congrès mondial – l’engagement de l’Église dans le domaine éducatif. Au cours des années de l’après-Concile, le Magistère est re-venu plusieurs fois sur l’importance de l’éducation et sur ce que la communauté chré-tienne est appelée à lui apporter, précisément là où se présente de manière évidente une urgence éducative. En effet, les centres éducatifs catholiques ne sont pas seule-ment des « distributeurs de compétences » mais, de par leur nature intrinsèque, ils se caractérisent comme des lieux de rencontre, de dialogue et de progrès mutuel dans un parcours d’éducation à la vie qui s’ouvre aux autres dans l’optique du bien commun.
Si l’anniversaire de ces deux documents du Magistère a été rappelé, il ne s’agissait pas de s’arrêter simplement à leur contenu et de rester le regard fixé sur le passé ; cela a été aussi l’occasion de considérer ce qu’ils ont produit dans la communauté chrétienne et de débattre des problèmes liés au contexte actuel. C’est pourquoi les travaux du Congrès ont été vécus comme une possibilité offerte de mieux nous connaître et de renouveler la passion éducative en chacun de nous, d’analyser ensemble les défis qui, aujourd’hui, provoquent ceux qui œuvrent en ce domaine, de redonner de l’élan à notre travail et pouvoir partager notre expérience avec tant d’autres qui représentent des réalités et des situations institutionnelles différentes. Le Congrès a fait croître un sens d’appartenance plus fort à un unique grand projet éducatif qui nous rapproche et nous est commun, que nous fassions partie des écoles, des universités catholiques, ou des associations et des innombrables groupes engagés, à divers titres, dans la forma-tion des jeunes générations selon la vision chrétienne. Toutes ces réalités sont l’expression d’une Église qui évangélise au moyen d’un projet éducatif qui répand le même message de lumière et d’espérance dans toutes les régions du monde, au béné-fice des enfants et des jeunes, surtout de ceux qui vivent dans des zones géographiques plus difficiles et plus pauvres.

2. Préparation du Congrès
En juin 2012, sur indication des cardinaux et évêques membres de la Congrégation, un séminaire d’études s’est tenu à Rome avec des spécialistes du monde entier. Les communications des participants ont été regroupées dans le document « Éduquer au-jourd’hui et demain. Une passion qui se renouvelle » (2014) qui a constitué un Instru-mentum laboris pour la préparation du Congrès. Les points de référence essentiels de la Déclaration Gravissimum educationis et de la Constitution Ex corde Ecclesiae, ainsi que les caractéristiques fondamentales des écoles et des universités catholiques, ont été reportés dans ce texte et les défis que toutes les institutions et associations éduca-tives sont appelées à relever au moyen d’un projet spécifique ont été indiqués. L’Instrumentum laboris, qui se terminait par un questionnaire, a été envoyé aux di-verses réalités éducatives catholiques (Conférences épiscopales, Congrégations reli-gieuses, associations d’écoles et d’universités, groupes de parents et autres orga-nismes intéressés). La riche matière reçue en réponse au questionnaire a été analysée par l’École de Haute Formation Éduquer à la rencontre et à la solidarité (EIS) de l’Université Libre Sainte Marie de l’Assomption (LUMSA) de Rome. De ce travail scien-tifique, un second document a été tiré afin de constituer les Lineamenta pour les parti-cipants au Congrès.
La préparation du Congrès a été accompagnée de la célébration d’un Forum à l’UNESCO à Paris, le 3 juin 2015. Ce Forum a été organisé par la Congrégation pour l’Éducation Catholique et l’Observateur permanent du Saint-Siège. Il a vu la présence de 400 participants : ambassadeurs, recteurs d’universités, dirigeants d’écoles catho-liques, représentants d’associations éducatives, provenant surtout de l’Europe. Cette initiative a coïncidé avec le 70e anniversaire de la création de l’UNESCO. Les Actes ont été publiés dans le premier numéro de la nouvelle revue du Dicastère Educatio catho-lica.


La préparation du Congrès s’est faite aussi au niveau des associations et fédérations des écoles et universités catholiques, de plusieurs Conférences épiscopales, de la Commission pour l’éducation des Supérieurs majeurs des Congrégations religieuses et d’autres réalités éducatives, qui ont promu diverses initiatives, séminaires d’études, colloques pour approfondir les thèmes proposés, suivant les lignes indiquées dans l’Instrumentum laboris.

3. Domaines de travail du Congrès
Les travaux ont été organisés en deux sessions plénières : la session inaugurale et la session conclusive, avec la participation du pape François, qui se sont déroulées dans la salle Paul VI au Vatican. Lors des journées des 19 et 20 novembre, les congressistes se sont partagés en divers groupes. À l’auditorium de la via della Conciliazione à Rome, s’est tenue l’assemblée de l’OIEC (Office International pour l’Education Catholique), tandis que les autres ont continué leurs travaux au Centre Mariapoli de Castelgandol-fo, se divisant en trois groupes : celui des écoles, celui des universités catholiques et de la FIUC (Fédération Internationale des Universités Catholiques), et celui des juristes de l’ELA (European Association for Education Law and Policy).
Les domaines de travail étaient concentrés sur quatre sujets principaux : l’identité et la mission des institutions catholiques ; les divers sujets de l’éducation ; la formation des formateurs ; les défis actuels qui interpellent le monde de l’éducation. Chaque do-maine a été abordé par un rapport de fond, suivi de témoignages sur des expériences concrètes dans divers contextes, et d’éléments ultérieurs d’approfondissement. Les moments d’interventions libres ont permis d’entrer en contact avec des réalités vi-vantes du service de l’éducation, suscitant un grand intérêt.
Le Congrès a confirmé, une fois de plus, la conviction qu’il existe un lien étroit entre l’identité et la mission des institutions éducatives (écoles et universités catholiques). La mission éducative catholique naît, aujourd’hui comme par le passé, de l’identité même de l’Église qui tire sa substance du mandat d’évangéliser : « Allez dans le monde en-tier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). C’est pourquoi, plutôt que d’adopter une attitude purement réactive vis-à-vis de la société sécularisée qui ali-mente les valeurs de l’individualisme compétitif et qui légitime et même accroît les inégalités et semble défier l’éducation dans ses valeurs les plus profondes (la primauté de la personne, la valeur de la communauté, la recherche du bien commun, le soin envers la fragilité et la préoccupation pour les plus défavorisés, la coopération et la solidarité…), les écoles et les universités catholiques sont appelées à adopter une atti-tude positive visant à réaffirmer la valeur de la personne humaine, en surmontant l’indiscutable exaltation du profit et de l’utilité comme mesure de tout choix, de l’efficacité, de la compétition individualiste et du succès à tout prix.
Nombreux sont les sujets qui interagissent dans les institutions éducatives. Ce qui ca-ractérise de manière particulière la présence et l’action de la pluralité de sujets, dans une école ou une université catholique, est qu’ils forment une communauté. Les traits essentiels qui la caractérisent sont d’être des communautés professionnelles, des communautés éducatives et des communautés d’évangélisation.
La construction de ces communautés et, avec elle, la réaffirmation efficace de l’identité et de la mission spécifique de l’école et de l’université catholiques passe par la formation des formateurs. La communauté d’une institution éducative catholique doit être constituée d’enseignants qui non seulement possèdent cette compétence pro-fessionnelle assurée qui exige autonomie, capacité conceptuelle et d’évaluation, capa-cité de relations, créativité, ouverture à l’innovation, intérêt sincère pour la recherche et l’expérimentation, mais qui soient aussi pleinement conscients de leur véritable identité et perçoivent l’exigence d’aimer le service culturel rendu à la société, en l’accomplissant avec engagement et conviction. Aujourd’hui, l’exigence de la forma-tion initiale et permanente des dirigeants, des enseignants et des éducateurs, revêt un caractère d’urgence. On doit se rappeler que la formation a pour objectif la construc-tion et la consolidation de la communauté des éducateurs pour la réalisation d’une mission éducative toujours plus partagée entre personnes consacrées et laïcs. Il faut donc faire naître une véritable formation partagée, capable d’accueillir et d’harmoniser l’apport spécifique de formation tant des consacrés que des laïcs.
Puis le Congrès a mis en évidence les grands défis éducatifs qui interpellent au-jourd’hui les écoles et les universités catholiques dans le monde, dans une société mul-ticulturelle en profonde mutation. Ces défis peuvent être ramenés à une matrice unique : promouvoir un parcours d’éducation intégrale des jeunes, en en confiant le soin et la conduite à une communauté éducative d’évangélisation où s’exprime de ma-nière vivante et vitale l’identité de l’institution éducative. On a vu se dégager en parti-culier trois défis, qui constituent les principaux fronts d’engagement des communautés éducatives dans leur œuvre de formation et d’évangélisation : le défi de l’éducation intégrale ; le défi de la formation et de la foi ; le défi des périphéries, des pauvres et des nouvelles pauvretés.

4. Pédagogie du Congrès
Le programme a été construit sur trois parcours de réflexion et de travail étroitement liés entre eux.
Le premier parcours concernait les moments de prière, avec en particulier la procla-mation de la parole de Dieu comme source principale à laquelle puiser la force et l’inspiration pour renouveler la passion éducative. La prière était orientée vers quatre icônes : a) Jésus maître de personnes à la recherche d’un guide sûr. On peut percevoir, dans cette icône, l’attente du cœur des hommes de notre temps qui frappent aux portes de nos institutions en quête de réponses. b) La parabole du semeur qui distribue abondamment le bon grain dans tous les types de terrains. Cette icône reflète la tâche de l’Église qui doit accueillir dans ses institutions éducatives toute personne, sans faire de distinctions, et offrir à tous une éducation de qualité sans se soucier du type de ter-rain où l’on doit opérer. C’est la culture de l’inclusion. c) Jésus est le chemin, la vérité et la vie. Cette icône est un rappel de ne pas craindre de présenter, en toute clarté, l’identité de nos institutions et les caractéristiques spécifiques de nos projets éducatifs qui s’inspirent de l’anthropologie et des valeurs de l’Évangile, ouvertes à la confronta-tion avec les diverses cultures et sociétés. d) Le mandat de Jésus aux apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc16, 15). C’est ce même mandat que l’Église renouvelle aujourd’hui à chacun d’entre nous pour que, par l’enseignement, l’étude, la recherche et l’engagement formatif, nous parvenions à té-moigner, dans le monde, d’une parole capable d’engendrer fraternité, paix et unité.
Le deuxième parcours a été celui constitué par les rapports présentés dans les quatre domaines thématiques, enrichis d’expériences qui ont montré la variété et la richesse des propositions mises en œuvre dans les institutions religieuses du monde entier. Les différentes interventions ont examiné avec compétence des aspects mis en évidence par les Lineamenta et ont aussi offert des approfondissements personnels de grande utilité pour les perspectives futures de l’engagement éducatif.
Le troisième parcours est un parcours informel, lié à tout ce qui s’est passé dans les rencontres et entretiens personnels, et qui a contribué à la connaissance réciproque et à l’établissement de nouvelles relations interpersonnelles. Cela a constitué une riche opportunité qui a été utilisée positivement pour construire une communauté éducative « globale », la grande famille de l’éducation chrétienne.

5. Service à l’éducation


Le service que la Congrégation pour l’Éducation catholique entend offrir pour la pro-motion de la mission éducative de l’Église a été présenté à la conclusion du Congrès.
a) Les 210.000 écoles et les 1865 universités catholiques, fréquentées par près de 60 millions d’élèves et d’étudiants, sont impliquées, avec toutes les autres associations engagées dans le domaine éducatif, dans la réalisation des objectifs de l’UNESCO. Au Forum mondial « Éducation 2030 », qui s’est tenu en mai 2015 à Incheon, en Corée du Sud, l’institution des Nations Unies a confirmé l’engagement en faveur de l’éducation pour tous, lancé en 1990 à Jomtien et renouvelé à Dakar en 2000. La déclaration fixe, pour 2030, plusieurs objectifs fondamentaux : l’engagement à ouvrir toujours plus l’accès à l’éducation de ceux qui en sont exclus ; assurer une éducation, inclusive et équitable, de qualité et promouvoir pour tous des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie, etc. La Congrégation pour l’Éducation Catholique et toutes les institu-tions éducatives catholiques partagent ces buts et entendent apporter leur contribution afin de les atteindre.
b) De plus, le Dicastère, en collaboration avec les associations des écoles et des uni-versités catholiques, s’engage à réélaborer les interventions du Congrès. En plus de leur publication et de leur mise en ligne, cela permettra de préparer un document d’orientation de l’éducation qui, reprenant la Déclaration Gravissimum educationis, la Constitution apostolique Ex corde Ecclesiae et les orientations du magistère ecclésial, proposera sous une forme actualisée la racine anthropologique et les valeurs de fond sur lesquelles garantir un service éducatif chrétiennement inspiré et de qualité pour les prochaines décennies. Ce travail sera réalisé en commun, en continuant selon le style de collaboration qui a été mis en place pour la rédaction de l’Instrumentum labo-ris et l’analyse des réponses au questionnaire d’où ont été tirés les Lineamenta du Congrès. À partir de ce premier travail important, on pourra aussi élaborer, dans les prochaines années, un Directoire pour l’éducation catholique et surtout des lignes di-rectrices pour la formation des formateurs.
c) Récemment, l’École de Haute Formation « Éduquer à la rencontre et à la solidarité » a été créée auprès de l’Université catholique LUMSA de Rome. Elle compte, parmi ses objectifs, celui de développer des activités de recherche scientifique en collabora-tion avec des universités et des centres académiques spécialisés de divers pays. Cette École et d’autres semblables pourront être d’une grande utilité pour toutes les institu-tions éducatives dans la préparation de projets fondés sur les paradigmes pédago-giques tirés du Magistère de l’Église afin de répondre aux défis de notre temps.
d) Le pape François, accueillant par là la demande de la Congrégation pour l’Éducation Catholique, a constitué le 28 octobre 2015, en souvenir du 50e anniversaire de la pro-mulgation de Gravissimum educationis, la Fondation Gravissimum educationis. Dans son chirographe, le Pape, citant la Déclaration du Concile, écrit : « L’Église reconnaît que l’extrême importance de l’éducation dans la vie de l’homme et son influence tou-jours croissante sur le développement de la société moderne sont profondément liées à la réalisation du mandat reçu de son divin Fondateur, qui est d’annoncer le mystère du salut à tous les hommes. »
Un des principaux objectifs de la nouvelle fondation consiste en la promotion de re-cherches, d’études et de publications sur la pensée de l’Église en matière d’éducation et de culture catholiques au niveau scolaire et universitaire, ainsi que dans le soutien d’événements internationaux à caractère scientifique.
e) Pour répondre à la nécessité de coordination des forces et de communion dans le domaine éducatif, et comme conséquence du Congrès, on procédera à l’étude de la création d’un Conseil des groupements éducatifs, auprès de la Congrégation pour l’Éducation Catholique. Il s’agira de mettre en place plus concrètement un service in-diqué par Gravissimum educationis, au n° 12, et qui concerne les écoles et les universi-tés catholiques :
« … Aussi doit-on mettre tous ses soins à établir au mieux cette coordination entre les écoles catholiques et à développer entre elles et les autres écoles la collaboration que requiert le bien commun de l’humanité tout entière » ;
et « … que les universités elles-mêmes s’entendent mutuellement pour unir leurs acti-vités en organisant ensemble des congrès internationaux, en se répartissant les sec-teurs de la recherche scientifique, en se communiquant leurs découvertes, en échan-geant pour quelque temps leurs professeurs, en développant enfin tout ce qui peut fa-voriser une collaboration accrue ».
L’OIEC et la FIUC ont effectué, au cours des dernières décennies, un travail très appré-cié pour réaliser cette coordination. Il existe toutefois, au-delà des Congrégations reli-gieuses et de ces deux associations, beaucoup d’autres réalités associatives plus ou moins développées et connues qui œuvrent dans le domaine éducatif – scolaire, ex-trascolaire et universitaire – qui ont besoin d’avoir un point de référence au niveau de l’Église universelle.

6. Message du Pape François
Le pape François a participé à la conclusion du Congrès et a répondu aux questions qui lui ont été présentées. Dans ses réponses, il a développé plusieurs points importants concernant l’éducation.
a) Il a tout d’abord rappelé la valeur complète de l’éducation : « Comme l’a dit un grand penseur, “Éduquer, c’est introduire dans la totalité de la vérité”. » En conséquence, « on ne peut parler d’éducation catholique sans parler d’humanité, parce que précisément l’identité catholique est Dieu qui s’est fait homme ». Donc, « éduquer chrétiennement, c’est faire progresser les jeunes, les enfants dans les valeurs humaines en tous les domaines, et l’une d’elles est la transcendance. […] La crise la plus grande de l’éducation, selon la perspec-tive chrétienne, est cette fermeture à la transcendance. […] Éduquer humai-nement, mais avec des horizons ouverts. Toute forme de fermeture nuit à l’éducation ».
b) b) Le pape François a déploré la rupture du pacte éducatif à laquelle on assiste aujourd’hui et suite à laquelle « l’éducation est devenue trop sélective et éli-tiste ». « Le pacte éducatif entre la famille et l’école est rompu ! On doit re-commencer. Même le pacte éducatif entre la famille et l’État est rompu ! […] parmi les travailleurs les moins bien payés, on trouve les éducateurs. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que l’État n’y a pas d’intérêt. Sinon, les choses ne se passeraient pas ainsi. Le pacte éducatif est rompu. C’est là que se trouve notre tâche : chercher de nouvelles voies. »
c) Il s’agit de chercher une « éducation d’urgence » en empruntant de nouvelles voies : • l’éducation informelle. « Il faut miser sur l’“éducation informelle” car l’éducation formelle s’est appauvrie à cause de l’héritage du positivisme. Elle ne conçoit qu’un technicisme intellectualiste et le langage de la tête. C’est pourquoi elle s’est appauvrie. Il faut rompre ce schéma. Et il existe des expé-riences avec l’art, le sport… L’art, le sport éduquent ! Il faut s’ouvrir à de nou-veaux horizons, créer de nouveaux modèles… […] Il y a trois langages : le lan-gage de la tête, le langage du cœur, le langage des mains. L’éducation doit se mouvoir sur ces trois voies. Enseigner à penser, aider à bien sentir et accom-pagner le faire, afin que les trois langages soient en harmonie ; que l’enfant ou l’adolescent pense ce qu’il ressent et ce qu’il fait, qu’il ressente ce qu’il pense et ce qu’il fait, et qu’il fasse ce qu’il pense et ce qu’il ressent ». • L’éducazione inclusive. « Une éducation devient inclusive parce que tous y ont une place ; in-clusive aussi au plan humain. […] La véritable école doit enseigner des con-cepts, des habitudes et des valeurs » • L’éducation au risque. «Un éducateur qui ne sait pas risquer ne sert pas à éduquer. Un papa et une maman qui ne sa-vent pas risquer n’éduquent pas bien leur enfant. Risquer de manière raison-nable. Qu’est-ce à dire ? Enseigner à marcher. Quand on enseigne un enfant à marcher, on lui enseigne qu’une jambe doit être posée par terre ; et essayer d’avancer avec l’autre. Ainsi, s’il glisse, il peut se défendre. Éduquer c’est cela. Assurer sur un point, mais qui n’est pas définitif. Il faut faire un autre pas. Il se peut qu’on glisse, mais on se relève et en avant ! Le vrai éducateur doit être un maître du risque, mais du risque raisonnable. »
d) c) Enfin, le pape François a lancé plusieurs défis aux éducateurs. Avant tout, le défi des périphéries. « Laissez les endroits où il y a beaucoup d’éducateurs et allez dans les périphéries. Cherchez là-bas. Ou, au moins, laissez-en la moitié ! Et cherchez-y les personnes dans le besoin, les pauvres. Ceux-là ont quelque chose que les jeunes des quartiers riches n’ont pas – ce n’est pas de leur faute, il s’agit d’une réalité sociologique – : ils ont l’expérience de la survie, et aussi de la cruauté, de la faim, des injustices. Leur humanité est blessée. Et je pense que notre salut vient des blessures d’un homme blessé sur la croix. Eux, de ces blessures, ils tirent la sagesse quand ils trouvent un bon éducateur qui s’occupe d’eux. Il ne s’agit pas d’y aller pour faire de la bienfaisance, pour enseigner à lire, pour donner à manger…, non ! Cela est nécessaire, mais ce n’est que pro-visoire. C’est le premier pas. Le défi – et je vous encourage à le relever – c’est d’y aller pour les faire grandir en humanité, en intelligence, en valeurs, en ha-bitudes, afin qu’ils puissent progresser et porter aux autres des expériences qu’ils ne connaissent pas. »
e) Un autre défi est celui des murs à abattre. « L’échec le plus grand que peut vivre un éducateur est celui d’éduquer intra muros. Éduquer entre les murs : les murs d’une culture sélective, les murs d’une culture de sécurité, les murs d’un secteur social qui est aisé et ne progresse plus. »
f) Le troisième défi est celui de repenser les œuvres de miséricorde dans l’éducation. « En cette année de la miséricorde, la miséricorde se cantonnerait-elle seulement à faire l’aumône ? Ou comment puis-je faire moi-même les œuvres de miséricorde dans l’éducation ? Ce sont en fait les œuvres de miséri-corde du Père. […] Alors, comment puis-je faire pour que cet Amour du Père, qui est particulièrement mis en évidence en cette année de la miséricorde, ar-rive dans nos œuvres éducatives ? »

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