Sœr Carmen de Oliveira Contente

Soeur Carmen de Oliveira Contente

“Un signe de la bonté de Dieu pour les pauvres d’Amazonie”

Soeur Carmen est née le 10 juillet 1927 à Belém, en Pennsylvanie. Elle est décédée le 2 septembre 2003 à Cametá, en Parana.

Sœur Carmen a donnée pleinement sa vie à Dieu et aux pauvres. Son témoignage de fidélité est présent à la mémoire de tous ceux qui ont vécu, travaillé avec elle. Les deux témoignages qui suivent illustrent cette belle vocation : celui d’une de ses anciennes sœurs servantes et un autre d’une personne qu’elle a accompagnée.

« J’ai vécu avec Sœur Carmen de Oliveira Content pendant 7 ans dans la communauté de l’Institut de Nossa Senhora auxiliadora dos cristãos, Cametá, Parana. Je voudrais souligner les nombreux signes de sainteté de sa vie au service du charisme vincentien ».

CULTIVER LA VIE INTÉRIEURE: Sœur Carmen avait un goût pour la vie de prière, au-delà de ses limites physiques. Elle avait l’habitude d’écrire ses méditations et celles-ci étaient profondes. J’ai eu l’occasion d’en lire quelques-unes. Sa semaine de prière était soigneusement préparée et organisée. Chaque fois qu’elle se rendait au bureau de l’école, elle passait toujours par la chapelle et se tenait devant le tabernacle pour un moment d’adoration. Son visage, au moment de la méditation, semblait changer, peut-être par sa profonde intimité avec le Seigneur. Elle a participé avec beaucoup d’amour et de respect aux célébrations eucharistiques et, même quand elle ne pouvait plus aller à la messe, elle demandait à se confesser et à recevoir l’eucharistie.

VIE FRATERNELLE Sa vie d’intimité avec Dieu se reflétait dans ses relations fraternelles. Elle aimait ses sœurs et semblait connaître les difficultés de chacune, parce que quand quelque chose de négatif était dit au sujet de l’une d’elles, elle répondait par des paroles positives, mettant en valeur ses qualités ou difficultés de santé qui pouvaient causer ce comportement. Elle était présente à la communauté. Quand une sœur était absente, elle allait la rencontrer et lui disait qu’elle manquait. Si nous rencontrions des difficultés, elle était une présence amicale et réconfortante. Quand nous étions heureux, elle participait également à notre joie. Elle n’avait de préférences pour aucune, mais chacune avait son importance.

SERVICE DES PAUVRES: Elle a dit qu’elle ne pouvait vivre loin des pauvres : « Depuis mon premier envoi en mission j’ai toujours été au service du Christ dans les pauvres ». Quand une sœur lui reprocha de travailler dans une école privée et de ne pas être avec les pauvres, elle répondait : « Je les trouve partout où je suis, ils ne sont pas loin de moi. S’ils ne sont pas proches, je vais leur rendre visite chez eux. C’est une obligation pour les Filles de la Charité, d’aller là où ils sont ».

Pendant la semaine, même quand l’activité est intense au collège, elle prend le temps d’apporter la communion aux malades. Elle rend visite aux pauvres le week-end. Elle s’est occupée avec dévouement du secrétariat du collège, un service qu’elle a assuré 17 ans. Elle a un mot affectueux pour chacun et tous lui témoignent aussi leur amitié en l’appelant, « notre Tante ». J’ai vu son attention pour deux enfants qui s’étaient battus sur le terrain de jeu. Quand elle se trouva devant eux, elle leur a dit : « mes enfants, vous devez être fatigués et avoir soif. Asseyez-vous et attendez-moi ». Quand elle revenait avec l’eau, les enfants s’étaient réconciliés et lui demandaient pardon pour le travail, qu’ils lui avaient suscité. Elle les conseillait et leur demandait de retourner en classe. Elle gagnait les cœurs par sa délicatesse.

Un autre événement a marqué ma mémoire, c’est la célébration de son jubilé d’or(50 ans de vocation). Elle a demandé de préparer un déjeuner pour 50 personnes pauvreset elle était contente. Son dernier anniversaire a été célébré avec des enfants pauvres et elle a demandé aux gens de donner des jouets à ces enfants invités à la fête d’anniversaire. Quand sa santé ne lui permis plus de travailler au secrétariat du collège, elle consacra toute sa vie à la prière. Durant cette période, même malade, elle a continué à accompagner deux femmes atteintes de dépression. Sœur Carmen a prié avec elles pour les encourager à grandir dans la foi. Elle a écrit des prières pour qu’elles puissent prier chez elles. Deux dames ont été guéries et ont continué à participer activement à la vie de l’Église.

Voici le témoignage d’une autre personne:

Vivre l’expérience de Dieu à travers une personne qui donne de l’amour et rend service, dans une société individualiste comme la nôtre, est la plus grande grâce que nous puissions recevoir. Je peux affirmer qu’au cours de ma vie, j’ai connu cette grâce.

Sœur Carmen de Oliveira Contente était un ange envoyé par Dieu, dans les circonstances difficiles de ma vie. Elle m’a prise par la main et m’a assuré que ma vie pouvait se reconstruire, avec lui et l’aide de la Vierge Marie, Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse. Sachant que je souffrais de dépression, sœur Carmen, sans même connaître ma bonne adresse, est venue me rendre visite, et m’a aidé dans les ténèbres de ma vie. Elle m’a fait comprendre que Jésus était une lumière dans ma vie. Elle me le disait avec conviction en me regardant avec ses yeux bleus et les gestes du bon Samaritain. Je n’ai pas été la seule bénéficière de son aide. Dans notre ville Cametá, où pendant 17 ans sœur Carmen a rempli sa mission de Fille de la Charité de saint Vincent de Paul, cela était courant. Avec la simplicité et l’humilité de ses paroles et de ses attitudes, « notre Tante » était toujours prête à servir. Sa grandeur était de voir Dieu dans de petites choses.

Pour percevoir Dieu dans la vie de sœur Carmen, il suffisait de vivre avec elle, de la regarder agir. Elle incarnait l’enseignement de Jésus qui nous dit : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 28). Elle a mis en œuvre cette parole, profondément inscrite dans son cœur et réalisée dans sa mission. Elle s’y est consacrée par amour de Dieu, dans la limite de ses possibilités. Une personne qui donne sa vie à Dieu, ne vit plus pour elle-même, mais occupée par les passions du monde, elle se tourne, vers le Christ et ceux avec qui, il continue de vivre sa passion.

Même dans sa vieillesse, et malgré le cancer qui la fatiguait, elle a vécu sa vie, en attitude de servante. L’amour des autres coulait dans ses veines. Elle s’est efforcée de proposer Jésus comme la source de la consolation pour les autres, même si elle prenait des risques.

Elle offrait son aide à tous, qu’il s’agisse de besoins matériels ou de besoins spirituels. Elle souhaitait que par sa présence, les personnes découvrent qu’elles n’étaient pas seules qu’elles ne souffraient pas seules, qu’elles pouvaient avoir confiance en celui qui délivre de tous les maux, Jésus-Christ.

Par ses visites et par les partages d’Évangile simples et dynamiques, elle m’enveloppait de tant d’espoir, que le mal dévastateur de la dépression a petit à petit cédé. En me souvenant de ces moments, je ressens encore une très forte émotion. Lorsque sœur Carmen était assise à côté de moi, sur mon lit, c’était comme si elle partageait avec moi, ce que je ressentais, elle me réconfortait, soulageait ma douleur, m’essuyait les larmes du visage. Ses gestes me faisaient sentir l’étendue de l’amour de Dieu pour moi, apaisant mon âme. Elle chantait, en me tenant les mains : « Il suffit que je te touche le Seigneur, mon âme se renforcera. Si la nuit est sombre, sa présence me guidera … ». Voici un autre chant qui adoucissait mes peines : « Mets ta main, dans la main du Seigneur, qui calme les tempêtes, qui veille sur toi toute la nuit, mets ta main, dans la main de mon Seigneur, qui calme les tempêtes ». Le son de sa voix résonne encore pour longtemps dans mes oreilles. Aujourd’hui, avec tout ce qu’elle a fait pour moi, je peux simplement dire que c’était une sainte, dans notre vie quotidienne et pour notre peuple de Cametá. Sa vie est un total abandon à la confiance en Dieu et don radical au service du Christ dans les pauvres. Nous pouvons la représenter comme une créature que Dieu a créée et consacrée pour manifester son amour.

[Soeur Maria do Socorro Furtado dos Santos, 30 mars 2019]

Dans les derniers jours de sa vie, elle m’a partagé des expériences de sa foi, qu’elle n’osait dire à personne de peur d’être critiquée. Sœur Carmen me raconta que quand elle fut touchée par le cancer, elle commença à avoir des douleurs intestinales quotidiennes et elle souffrait beaucoup. Durant cette période, elle a vécu dans la communauté Nossa Senhora da Conceição, Tucuruí, PA. Après avoir pris plusieurs médicaments sous surveillance médicale, elle a été renvoyée en traitement à Belém, la capitale de l’État.

Une nuit vers deux heures du matin, elle eut des douleurs intenses, elle ne pouvait presque plus marcher, elle est allée à la chapelle demander le soulagement. Elle fut inspirée d’aller à la pharmacie de la communauté pour y prendre un médicament. Arrivée sur la place, et craignant de réveiller les sœurs, elle n’a pas allumé la lumière. Elle prit un verre et compris qu’il fallait prendre des gouttes. Elle les prépara, les bu et alla se coucher. Après plusieurs nuits sans sommeil, elle parvint à bien dormir. Le lendemain elle dit à sa sœur servante qu’elle allait mieux et que ce n’était pas la peine de partir comme prévu. Elle ne dit rien de ce qu’elle avait fait. Elle avait pris un verre avec un médicament et avait été guérie. Par curiosité, je suis allée à la pharmacie pour voir le flacon, mais je ne l’ai pas trouvé.

Sœur Carmen m’a également dit que dimanche elle était allée à l’église de Saint Jean Baptiste et ne savait pas pourquoi, elle avait soudainement perdu la vue. Elle pensa demander à la personne de l’emmener à la communion. Mais quand elle s’agenouilla, elle implora le Seigneur de retrouver la vue et quand le prêtre termina la consécration, elle vit à nouveau clair.

Ce sont des signes de sainteté que j’ai perçus dans la vie et la mission de Soeur Carmen de Oliveira Contente pendant la période, où j’ai eu la grâce de vivre avec elle, dans la Communauté Nossa Senhora Auxiliadora- Cametá – Pará.  

Que Dieu prie pour nous et veille sur nous.

[Soeur Rosa Maria Leite dos Santos, Visitatrice de la province amazonienne]